Dimanche de l'Epiphanie 8 janvier 2012
Homélie de la fête de l’Epiphanie
Dimanche 8 janvier 2012
Eglise de Trets
Père Brice de Roux
Chaque fois qu’il y aura des hommes capables de s’interroger…
« En quoi l’Eglise peut-elle prétendre à l’universel ? » s’interrogent certains…
Il me semble que la fête de l’Epiphanie que nous célébrons aujourd’hui apporte une réponse à cette question. Une réponse en effet s’esquisse, se dessine dans cet échange que nous sommes en train de célébrer entre Dieu et les hommes. Dieu est venu dans le visage d’un enfant. Pour ceux et celles d’entre vous qui étaient là à Puyloubier pour la messe de minuit, nous avons accueilli dans nos bras une petite Clarisse, bébé de quelques jours venus avec ses parents et nous nous sommes dit que Dieu devait être bien grand pour se faire si petit à l’image de ce bébé. Il y a dans ce que nous célébrons depuis quelques jours quelque chose d’extraordinaire : l’humanité découvre en son sein une lumière qui lui parle, qui lui dit quelque chose, et qui épouse cette diversité dont l’humanité est capable. Parce que Dieu s’est fait homme, désormais les hommes quelqu’ils soient, des quatre coins de monde sont capables de dire quelque chose de Dieu… Voilà ce qui nous interroge, nous donne du courage et nous appelle à la confiance.
Ce déplacement de Dieu pour l’humanité que nous sommes ne peut pas nous laisser indifférent et nous donne de nous interroger : « comment, moi ? ». « Comment moi ? Comment pourrais-je être capable d’être dépositaire du message que Toi, Dieu, tu me confies pour aller l’apporter aux autres ». Même Marie n’y échappe pas : « comment cela va-t-il se faire ? » Cette interrogation est le fruit de notre étonnement qui nous fait découvrir combien notre humanité a du prix aux yeux de quelqu’un. Et ce prix prend toute sa valeur lorsque l’on découvre que l’on est appelé, que l’on a besoin de nous : l’humanité est non seulement rejointe par la présence de Dieu mais aussi requise pour un destin qui n’a pas de prix : la vie éternelle. En ce temps de Noël, c’est toute une humanité sans exception qui se réveille interpelée jusque en ses singularités.Réveillée elle se retrouve étonnée, étonnée elle se retrouve sur des chemins d’espérance, plein d’espérance elle découvre cette audace de Dieu et réveille celle qui est endormie en son cœur pour se lancer sur des chemins nouveaux qui la conduiront jusqu’au bout du monde. Ce bout du monde géographique mais aussi anthropologique : rien de nos vies d’hommes n’est épargnée par cet appel à accueillir et partager la vie de Dieu.
Savons-nous encore nous laisser interroger, nous étonner ? Durant le temps de l’Avent, les enfants, vous avez confectionné des sachets de grain de blé pour les distribuer largement. Avez-vous su vous étonner de voir la vie qui éclot et pousse comme ce blé.
Même dans la nuit de Noël, la pastorale des santons de Provence nous montre l’âne et le bœuf, si chers aux habitants de Puyloubier, qui se laissent bousculer et sont capables de s’étonner par ce qui se passe. Et bien nous-mêmes, nous sommes invités à laisser de côté ce qui nous encombre pour que nous puissions nous laisser déranger par la lumière qui vient nous ensoleiller. Elle nous ébloui un peu, et si elle nous ébloui c’est qu’elle nous réveille. Et se réveiller, ça demande du courage.
Je ne sais pas comment vous êtes le matin, je ne sais pas comment vous vous levez. Mais si mes souvenirs sont bons Ulysse quand il se réveille le matin « se jette hors de sa couche » pour partir à l’aventure. Pour se lever ainsi, il nous faut du courage. Et le courage nous vient lorsque nous savons pourquoi nous nous levons, lorsque nous nous sentons attendus, lorsqu’un rendez-vous est là. En cette fête de l’Epiphanie, l’humanité a un rendez-vous. Et les mages ne se sont pas réveillés, ne sont pas sortis de chez eux pour rien. Ils ne se sont pas mis en marche tout seuls. Ils avaient un rendez-vous et ils ont su lire le prix à payer pour le vivre dans la présence de cette étoile qui brillait comme un avant-goût de ce à quoi ils étaient promis. Ils ont tout quitté, tout ce qui faisait leur quotidien, leur vie, leurs attaches humaines, affectives pour se mettre en route. Cet astre est venu frapper à la porte de leur vie, de leur intelligence. Il les a tiré du « lit de leurs habitudes » et s’est imposé pour les guider. Ce qui est vrai pour eux est vrai pour nous aussi : Jésus, astre de notre vie, nouveau point de repère pour notre existence nous appelle, nous invite, nous donne le courage de nous lever pour vivre en sa présence, pour passer notre journée avec lui. Non pas comme une simple promenade mais comme un point de repère au diapason duquel notre vie peut trouver harmonie, joie et paix. Le courage de partir, de répondre trouve sa source dans cette présence aimante, encourageante, qui se laisse voir, saisir par tout ce qui fait notre vie, notre cœur, notre corps, notre raison... Et cette présence peut se manifester en ce signe si simple qui est celui de la croix. Faire le signe de la croix en se levant, c’est partir pour la journée accompagné de cette même lumière qui a guidé, accompagné, attendu ces mages. Il fait de nous les mages d’aujourd’hui. Le courage se trouve alors lié à la confiance.
Ces hommes des quatre coins du monde sont habités par une confiance qui résiste à toute épreuve. Elle leur a été donnée comme un cadeau. Ils la gardent précieusement, la cultivent, la partage. Et c’est sans doute le plus beau cadeau qu’ils apportent à la crèche. On ne perd pas la confiance comme on perd ses clefs… Car la confiance a un visage : celui de Dieu venu avec nous (« Emmanuel ») pour croire avec nous. En ce sens Il est le meilleur pédagogue, celui qui sait guider les enfants dans la Foi que nous sommes. Et comment nous guide-t-il, comment nous apprend-il à être un croyant, comment aide-t-il les enfants que nous sommes au sens de la vulnérabilité qui est la nôtre dans le fait de croire ? En se faisant enfant lui-même !! avoir un cadeau est une chose. Ouvrir le cadeau en est une autre. S’en servir est encore autre chose. Ainsi en est-il de la foi, de l’acte de croire avec un autre. Il nous faut donc ouvrir notre cœur, sortir de nos torpeurs, se réveiller…Dieu fera le reste avec nous. Les mages ont ouvert leur vie à une étoile étrangère à leur univers, ils se sont laissé intrigués, ils se sont laissés interroger, ils ont pris au sérieux cette interrogation, ont tout mis en œuvre pour résoudre cette énigme…et Dieu a fait le reste. Y compris de les faire passer par un autre chemin… Car la manière avec laquelle ils ont fait confiance a changé quelque chose dans leur vie : ils ne sont plus seuls mais guidé. Non pas par quelqu’un qui leur dit ce qu’il faut faire mais qui fait ce qu’il dit, dit ce qu’il fait, fait et dit avec eux. De l’intérieur, ils sont transformés par cette présence et leur vie a pris un tournant nouveau aux dimensions du monde. Amen.