Homélies

Dimanche 30 décembre 2012. Fête de la Sainte Famille

 

Messe de la fête de la Sainte Famille
dimanche 30 décembre 2012
église de Trets
 
Père Brice de Roux
 
Avec Marie et Joseph, Dieu fait de nous ses enfants
 
Michel Serre, philosophe, fait ces temps-ci la une des journaux avec son petit ouvrage que je recommande : "Petite Poucette". Il porte un regard nouveau sur le monde qui est le nôtre. Il tente de s'extraire de son regard hérité d'une histoire, incliné par les habitudes. Il essaie de sortir des codes d'une société dans laquelle nous faisons l'expérience que tout bouge et se fissure. "Où va-t-on ?" s'exclame-t-on ainsi parfois. Il emprunte alors les yeux de Petit Poucet et Petite Poucette, figure de ces jeunes qui nous désarçonnent parfois pour tenter de comprendre les données nouvelles de notre société. Dans sa réflexion sur la famille, en revanche, il stigmatise avec humour la sainte Famille en la qualifiant de bizarre. « Le père, Joseph ne serait pas le père puisque père adoptif, le fils n'est pas le fils. Quant à la mère, on ne peut pas faire qu'elle ne soit pas la mère naturelle, mais on ajoute qu'elle est vierge ». C'est sans doute drôle mais je crains qu’il ne manque à notre philosophe, un peu de théologie. La sainte Famille a une vocation spécifique qui consiste, non pas à rompre les généalogies antiques mais au contraire à inscrire le Sauveur dans la chair des hommes.
Je voudrais aborder avec vous trois points afin que nous puissions prendre conscience de cette manière avec laquelle Dieu vient donner du sens à la famille : 
- Jésus a vraiment un Père. Joseph n'est pas un père adoptif comme on l'entend aujourd'hui. Joseph se voit confier Jésus pour que Jésus puisse nous faire connaître le Nom de son Père. Joseph a une mission bien particulière aux yeux de Dieu : faire connaître la filiation de Jésus. Et c'est tout le sens de cette longue généalogie que nous avons entendu à ici, à Trets, le soir de Noël. Certain l'ont trouvé long et ennuyeux… mais une vie d'homme n'a-t-elle pas ses longueurs et ses ennuis? C'est dans cette longueur que Dieu lui-même vient prendre sa place. Nier la figure du Père de Jésus, c'est nier la personne de Jésus. Et il est concevable que cela puisse être compliqué : Marie, Joseph eux-mêmes, nous dit l'Evangile de Luc, "ne comprirent pas ce qu'il leur disait". Ils ne le comprennent pas, mais ils veulent l'accueillir quand même comme un mystère dans lequel ils vont "descendre" avec leur personne, leur intelligence. A Nazareth, dans le quotidien de leur vie avec la pédagogie que l'on peut reconnaître à ce Maître de 12 ans, petit à petit 33 années durant, les choses vont s'éclairer pour cette famille.
- Jésus a vraiment une Mère. Cette femme est de la race d'un peuple élu, elle est de cette même pâte humaine que la nôtre, elle a une histoire. Nous l'avons médité à Noël à Puyloubier : son "oui" ouvre au sein de notre chair un chemin sur lequel Dieu peut venir jusqu'à nous, sur lequel le charnel retrouve son destin lumineux. Intelligence, gestes, cœur et corps sont portés par cette femme en son sein, par cette humanité, ils sont apportés au monde. Dans le monde le cœur et le corps de cette femme débouchent sur la résurrection de notre cœur et de notre corps, débouchent sur une libéralisation, une ouverture, une victoire de ce que nous sommes et de ce que nous avons en commun avec Marie sur la mort. Une créature, devient mère du Créateur pour que de sa chair puisse surgir la Vie plus forte que tout et sur laquelle la mort n'a pas de prise. Sa virginité ne cesse de nous étonner car nous avons perdu de vue combien la Vie a saisie cette femme au point de ne laisser aucune place à la mort et la corruption. En sa virginité, c'est la victoire de notre vie qui prend corps.
- Jésus, enfin, est vraiment un Fils qui se reçoit de son Père et de sa Mère. Son mystère doit être replacé en son origine. En ces temps d'imbroglio, il nous invite à porter notre regard avec Lui tout à la fois vers cette source divine qui le fait vivre et qui nous fait vibrer et vers cette nature humaine qu'il nous revient de retrouver, de nous réapproprier, d'assumer, d'aimer. "Vous ne pouvez pas parler du corps et de la chair de la sorte, cela me choque", me disait une paroissienne il y a quelques années. Eh bien, oui, la bonne nouvelle de Noël, c'est que nous pouvons parler de la chair en termes élogieux et comme lieu du salut. Car ces épousailles de Dieu avec la nature humaine a engendré dans le cœur de chacun d'entre nous un fils, une fille. Et ce n'est pas seulement de l'adoption. C'est une filiation, c'est une chaine divine et humaine dans laquelle nous retrouvons notre place.
Les savants, philosophes de l'époque en sont dépassés. Pourquoi ne le seraient-ils pas aujourd'hui ? Les petits que nous sommes, eux, comprennent cette réalité qui fait de nous des fils, des filles, qui nous permet de dire "Notre Père", de découvrir que nous avons du prix aux yeux de quelqu'un, que nous sommes engendrés. Merci au "Oui" de Marie, merci au "Oui" de Joseph, merci au don de notre Dieu qui se dévoile aujourd'hui dans notre cœur, merci à cette famille qui est sainte parce qu'elle engendre l'Amour et le donne au monde. Des bergers, des mages, une foule sur les bords du Jourdain, quelques amis en haut du Mont Tabor et nous avec eux entendent depuis lors dans leur cœur ces mots qui nous ravissent de bonheur : "Tu es mon Fils, aujourd'hui je t'ai engendré" et font de nous la famille des enfants de Dieu. Je vous souhaite donc aujourd'hui une bonne fête ! Amen. 


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