Homélies

Mercredi des Cendres. Entrée en Carême. 22 février 2012

 

Homélie d’entrée en Carême
Mercredi 22 février 2012
 
Père Brice de Roux
 
Un carême à plein gosier
 
J'ai lu ce matin dans la prière du Bréviaire cet appel du prophète Isaïe : "appelle à plein gosier, ne te ménage pas, comme la trompette, enfle ta voix, annonce à mon peuple ses révoltes, à la maison de Jacob ses fautes". Je voudrais dire trois choses : la première il y a trompette et trompette. La deuxième : nos fautes sont devenues l'objet d'un salut, la troisième : pourquoi ne pas proclamer le salut en se saluant ?
Trompette et trompette : celle de l'Evangile qui nous met en avant, qui nous gonfle d'orgueil, qui fanfaronne. Cette trompette là nous défigure, nous enlève le souffle, nous empêche de respirer. Elle nous essouffle, elle nous asphyxie. Nous voulons nous cacher derrière elle pour laisser croire que nous serions des champions du jeûne, du partage ou de la prière. Rien ne manquerait : nous serions un exemple suffisant sans exemple, sans avenir. Ne rions pas : cette tentation est grande et nous y succombons tous les jours. Avons-nous encore besoin de salut ? Y-a-t-il encore quelque chose à sauver en nous ? Telle est la vraie question qui nous est posée aujourd'hui. Et la joie de vivre est celle de goûter au salut, de goûter à la joie du sens, la joie de se remettre debout, la joie de prendre une main tendue, la joie de se remettre debout. C'est tout le sens de ce geste magnifique que nous faisons à la Messe par exemple lorsque nous nous mettons à genou pour adorer le Seigneur et qu'Il est là au milieu de nous, qu'il se donne à manger pour combler notre faim et qu'il nous remet debout. Quelle joie !!! Quelle joie de pouvoir manger à sa faim. Pour cela, n'ayons donc pas peur d'avoir faim, de se l'avouer, de le reconnaître. C'est vrai aussi de ces fautes qui nous accablent.
Nous pourrions croire que la religion chrétienne, l'Evangile est un chemin de culpabilité sur lequel on se frappe la poitrine, un chemin d'accablés soumis à un Seigneur et un Maître devant lequel il faudrait passer comme des esclaves devant le Seigneur triomphant. Or, son triomphe, le Seigneur veut le mettre dans notre liberté. Et il est venu pour nous la rendre. Reconnaître nos chaînes n'a rien d'inhumain : au contraire, c'est déjà nous en libérer. Nos fautes ne sont pas des occasions de désespoirs mais se présentent à nous comme une expression de l'amour de Dieu venu nous aimer jusque là. Les reconnaître est un acte de Foi. Dire "Seigneur prends pitié" est une acclamation, un chant de victoire : la victoire de la miséricorde de Dieu. La Croix n'est plus un instrument de mort : une fois pour toutes. Elle est un instrument de vie. Et regarder notre existence, faire le tri, prendre le temps de voir ce qui ne va pas est une manière de faire confiance en ce qui va, est une manière de retrouver ces lieux de nos vies que Dieu vient habiter de sa présence afin que nous en soyons riches.
C'est pourquoi il faut apprendre à nous souhaiter un bon carême. Un ami, par texto ce matin m'adressait ainsi une telle salutation. Le Père Chevaucherie ici aimait nous surprendre pour nous faire découvrir que nous n'étions pas capables de nous dire bonjour, salut. Que voulait-il dire ? Il voulait signifier par là que le Salut est venu au milieu de nous : ne le gardons pas pour nous. Envoyons-nous à la figure cette interpellation, ce salut que Dieu est venu nous apporter. J'ai besoin du salut, j'en fais l'expérience, j'accueille jusqu'au plus profond de moi sa réalité et elle me relève : j'ai un devoir de la partager, de la communiquer. Et parce que ce salut est une bonne nouvelle : que je ne me retienne pas de le dire. Toute la journée souhaitons autour de nous un "bon carême" "à plein gosier et sans nous ménager". Amen.  


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